Jour 2 : Skinner Creek à Cape Sutil (KM 8,7 à KM 16,6)

Après une nuit plus ou moins reposante, Clayton et moi sommes levés vers les 07h00 du matin. Nous n’avons pas tardé pour ranger nos équipements dans nos sacs après le déjeuner. Nous avons débuté notre 2e journée le long de la plage de Skinner Creek jusqu’à la rivière Nahwitti à la marrée basse, dans la brume et sous un ciel gris.

Cette section peut être très dangereuse pendant les marées hautes et peut être pratiquement infranchissable. Il y a un sentier intérieur (assez difficile) qui peut être utilisé pour contourner la plage. Des flotteurs suspendus au bout de celle-ci identifient le point d’accès au sentier forestier. C’est donc important de garder sur soi les tables des marées et de les consulter avant d’essayer de faire cette partie. La randonnée de Skinner Creek à la rivière Nahwitti prend entre 60 et 90 minutes. La plupart des gens choisissent la route de la plage, qui est plus rapide et plus facile. Au bout de celle-ci se trouve un promontoire infranchissable. Des bouées sont installées pour nous amener au sentier forestier qui est escarpé et entouré d’obstacles.

Pour ceux qui ne peuvent franchir cette plage lors de marées hautes, l’accès à la route forestière se fait par un sentier derrière le camping de Skinner Creek. Malheureusement, ce sentier manque la vue panoramique de l’océan et de la plage. Il est aussi plus difficile d’y marcher. Peu importe le chemin que l’on emprunte, les deux routes se rejoignent dans la forêt près du KM 9,5 suivant le reste de la randonnée jusqu’au camping de la rivière Nahwitti. Rien de différent, nous avons encore eu accès à des échelles et des cordes. Cet endroit est très difficile et il faut prêter attention au terrain. Avant longtemps, le sentier émerge de la forêt sur une plage de galets escarpée au bord d’une petite baie. J’ai d’ailleurs pris le temps de contempler les lieux au bord de l’eau.

Pas à pas, on arrive enfin au camping de la rivière Nahwitti, situé au KM 11 du sentier de la North Coast Trail. On aperçoit cet endroit en bas de la plage, marqué par des bouées et des panneaux sculptés à la main. Le camping lui-même est niché dans les arbres, à côté d’une plage très venteuse. Il y a une affiche du Parc Provincial, une carte, un casier à nourriture et quatre installations pour les tentes. N’étant pas aussi pittoresque que Skinner Creek, le camping Nahwitti est surement plus confortable et préféré par ceux qui veulent faire plus de KM dans leurs premiers jours.

Historiquement, la rivière Nahwitti était un endroit populaire. À une époque, elle était le site d’un village des Premières Nations, et plus tard, un site d’implantation européen. De l’autre côté de l’embouchure du camping se trouve de vieilles cabanes qui auraient été utilisées par le président Theodore Roosevelt pour la chasse et la pêche. À marée basse, on peut obtenir de l’eau de n’importe où le long de la rivière. Mais à marée haute, il faut remonter en amont jusqu’aux trois quarts du chemin menant au téléphérique pour éviter le mélange des marées.

Aussi robuste et accidenté soit-il, cet itinéraire de 7,9km offre un mélange de forêt et de randonnée sur la plage qui culmine à l’extrémité nord de l’île de Vancouver. Le sentier de Nahwitti Campsite à Cape Sutil est un voyage à travers des forêts anciennes et des endroits reculés. Il n’y a pas de meilleure façon de se sentir vivant… et seul au monde. Nous avons calculé et bien chronométré cette section pour éviter les parties de hautes marées infranchissables en après-midi. Nous avons donc lu nos tables des marées et planifier notre randonnée pour éviter de rester pris aux piège dans deux secteurs du sentier. Le plus important d’entre eux est près de Tripod Beach à la base de Long Leg Hill, où nous pouvons être prit au piège pendant des heures si nous avions mal calculé notre temps. C’est disons moins intéressant de faire la dernière étape, une route très accidentée vers Cape Sutil dans l’obscurité.

Du camping de Nahwitti, nous avons suivi le sentier le long de la rivière qui porte le même nom. Le sentier est paisible, plat et facile. On y retrouve d’anciennes souches laissées à l’abandon dont quelques arbres et lichen poussent au travers et par-dessus. Il est facile de se sentir tout petit et passant en un clin d’œil dans la mémoire de ce très vieil endroit. On peut aussi, à ce point de la piste, voir le téléphérique pour traverser la rivière Nahwitti. Ayant déjà fait ma première expérience sur le Sentier du Lac Kenogami au Saguenay Lac St-Jean, je ne pouvais m’empêcher d’être excité et de faire savoir ma joie de refaire cela. Une fois sur la plate-forme de lancement, je laisse Clayton faire les premiers pas pour qu’il expérimente ce téléphérique de type tyrolienne de 50m de plaisir. Dans la boîte étroite en acier, il s’installe avec son sac à dos. Je souris, sachant ce qui lui attend … Une fois prêt, je le laisse partir au beau milieu de la Rivière Nahwitti.

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La première partie de la course est de cinq secondes de bonheur et de rires, on prend ça relax et on laisse la cabine d’acier prendre de la vitesse dans les airs au-dessus de la rivière. La deuxième partie est de 3 minutes … ok 3 minutes de dur labeur, d’épuisement des bras et de travail pour tirer la voiture en métal le reste du chemin à travers la rivière jusqu’à la plate-forme opposée. Pour ceux qui préfèrent éviter le téléphérique, la rivière Nahwitti peut être assez profonde pour traverser (selon la saison et les conditions météorologiques). Il faut donc faire attention aux rochers glissants de la rivière et faire attention si l’on tombe dans l’eau avec notre packsac.

Après avoir expérimenté le premier téléphérique, nous avons pris notre dîner aux abords de la rivière Nahwitti. Il n’y avait que le silence qui nous accompagnait. Nous avions repris le chemin nous plongeant profondément dans le cœur du sentier de la North Coast Trail, afin de nous rendre à la pointe la plus au nord de l’île de Vancouver, et notre destination finale Cape Sutil.

De la télécabine, il faut prévoir 3km de randonnée en forêt avant d’atteindre la première plage. Le sentier monte en élévation dans un environnement enchanteur de pruche nous transportant sur une colline, le point culminant définitif de cette section de la route. Une fois traversée, on arrive à la première plage qui offre aussi une vue sur de nombreux promontoires rocheux. Nous avons marché jusqu’aux bouées marquant la rentrée dans la forêt. Les sections de la plage sont courtes, mais offrent des vues fantastiques sur le littoral à l’est et à l’ouest, y compris le Cape Sutil.

Le dernier tronçon vers Cape Sutil est marqué par Long Leg Hill et la section de marée haute infranchissable près de la plage de Tripod au KM 16. Il y a plus de 250 marches qui mènent à une plage de petites roches, ainsi qu’une belle section de sable de balsat noir (et mauve). Nous avions contourné la première partie des marches, car un gigantesque arbre s’est abattu à cet endroit. Les jambes molles et fatiguées, j’ai descendu les marches une à une jusqu’à une section rocheuse.

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Comme mentionné avant, pour ne pas être pris au piège, nous avons chronométré notre temps de marche avec notre table des marées. Une fois la marrée haute, il est impossible de se rendre dans cette section rocheuse. Il ne faut surtout pas s’y aventurer advenant le cas… les vagues de l’océan sont fortes et peuvent nous plaquer contre les rochers ou nous aspirer en mer. Il faut aussi savoir qu’à cette place, il est possible de camper au côté est de la plage. L’endroit offre de la place pour une tente, et il y a un espace dans la forêt en haut de l’escalier pour une ou deux tentes. L’accès à l’eau est sur la plage à environ 50 m à l’ouest de la base de l’escalier.

L’approche finale du Cap Sutil peut être intimidante et nécessite une randonnée prudente. Avec l’aide de cordes, nous avons grimpé une colline escarpée, pour arriver à une crête qui mène directement vers le bas. La descente est beaucoup moins stable, nous avons donc tenus fermement la corde et marcher un à la fois en faisant un relais. Cet endroit est vraiment glissant et épeurant. J’avais peur de glisser, d’échapper ma corde et de ne pas pouvoir franchir cette section intense !

MALADE !!! Une fois fait, j’avais juste envie de le refaire encore !

Le reste du sentier se fait en forêt et est relativement plus difficile. Il faut savoir que c’est des sections assez rugueuses et techniquement difficiles qui vont fatiguer même le randonneur le plus en forme. Il y a quelques endroits faciles qui nous ont donné un soulagement, mais, en général, on nous avons marché dans la boue, dessus et au-dessous de grosses souches et billots de bois.

Avec une température grise et un peu brumeuse, certaines sections nous donnait l’envie de finir cette partie le plus rapidement possible. Nous avions hâte de nous rendre à la destination finale. Malgré tout, cette section n’est pas sans récompenses. On se retrouve au beau milieu d’une magnifique forêt, on peut parfois se retrouver sur des plages cachées pour finalement aboutir à Cape Sutil qui nous a offert un excellent endroit pour un repos bien mérité.

Le camping Cape Sutil est situé au KM 16.6. C’est au beau milieu d’une petite baie calme que l’on a terminé notre course. Par beau temps, on a l’impression d’avoir trouvé une oasis secrète sur la côte ouest de l’île de Vancouver et justement, le temps s’annonçait beaucoup mieux.

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Le cap lui-même est une réserve des Premières nations des Nahwitti, c’est l’endroit à l’extrémité nord de l’île de Vancouver. Cape Sutil est parfait pour le camping. La plage de sable s’étire sur moins d’un kilomètre et il y a plusieurs endroits où l’on peut installer une tente. Les endroits sont marqués par des morceaux de bois à l’abri des marées. Il n’y a pas de camping en forêt, la baie est à l’abri des intempéries et il y a suffisamment d’arbres en surplomb sur la plage pour construire un bon abri dans l’éventualité d’une pluie battante. Le cap Sutil est aussi l’emplacement de la station des gardes (Park Ranger), une yourte semi-permanente est nichée dans la forêt.

Il nous était possible de séjourner dans la yourte, mais mon idée était déjà faite… Je voulais camper sur la plage, sachant que ce serait unique et plus sauvage. Le terrain de camping à une cache pour la nourriture et à un livre d’or pour enregistrer notre expérience. Il faut savoir que l’eau potable est un peu éloignée de la zone du camp principal, à environ 100 m à l’est du casier à nourriture.

Le Cape Sutil est culturellement important et devrait être respecté. Autrefois, il était le principal site villageois des Premières Nations Nahwitti. Mais en 1850 et 1851, il a été bombardé par la flotte navale britannique. Les villageois ont fui et beaucoup d’entre eux ont déménagé à Hope Island. Aujourd’hui, la pointe nord du cap est une réserve de la Première nation et ne devrait pas être envahie. La limite de la réserve commence juste autour de l’affleurement rocheux au centre de la plage nord (un promontoire rocheux sépare la plage principale de cette plage.) Nous avons installé nos équipements sur le sable et fait séché nos bottes et bas sur les billots de bois laissés par les hautes marrées. Nous avons visité la yourte et laissé une note de notre passage dans le cahier !

Voulant voir le Cape Sutil de plus près, nous avons pris le petit sentier en direction de celui-ci. Le sentier est au bout ouest de la plage, le sentier principal (cache à nourriture) est à gauche et le sentier recherché est à droite. Cette piste n’est pas entretenue par BC Parks, car elle rendrait la réserve plus accessible et l’intrusion plus probable. Le pied plus légé, nous avons fait moins de 100m avant de se retrouver sur la plage Nord. Nous l’avons traversé au complet et avons frôlé le site des premières nations. Le camping est autorisé aussi sur la plage nord. Après 30 bonnes minutes, nous sommes revenus au campement pour manger et finalement, se reposer. Il est possible de se baigner mais l’eau étant trop froide, je me suis contenté de regarder vers l’océan pour voir la vue magnifique des environs.

Ce fût une autre journée épuisante, nous nous sommes fait des massages de pied hihi !. Avant le coucher, nous avons lu notre belle petite histoire, (le livre de la North Coast Trail), afin d’avoir un aperçu de notre 3e journée. Nous sommes vite tombés dans les bras de Morphée ne sachant pas que le lendemain serait la journée la plus trippante du périple …

 

Jour 3 : Cape Sutil à Irony Creek

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